Gilets jaunes : mon intervention à la tribune de l’Assemblée nationale

Je suis intervenue aujourd’hui dans le cadre du débat organisé avec le Premier ministre sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d’achat. Une vingtaine d’orateurs se succèdent à cette occasion pour débattre, notamment dans le cadre du mouvement des “Gilets jaunes”. Retrouvez mon intervention ci-dessous. 

La colère qui s’exprime depuis plusieurs semaines vient de loin. Il faut l’entendre et, surtout, il faut y répondre. 

Des Français ont le sentiment d’être au pied du mur : ils n’arrivent pas à boucler les fins de mois, vivent dans la peur du déclassement, se sentent laissés pour compte. 

Ces femmes et ces hommes, ils vivent dans tous les territoires de la République : dans les campagnes, dans la France péri-urbaine, dans les quartiers prioritaires, dans les centres villes, dans les Outre-mer.

Ils pensent n’avoir plus que leur colère comme arme, leur gilet jaune comme étendard, pour revendiquer ce qui fait pourtant le coeur de la promesse républicaine de notre pays : la justice sociale. 

Et cette colère est forte, car des promesses on en a eu depuis 20 ans par les gouvernements de tous bords : 
– c’était déjà la fracture sociale dénoncée par Jacques Chirac en 1995, 
– c’est Nicolas Sarkozy qui invoque Jean Jaurès en 2007, 
– c’est la bataille contre les dérives de la finance promise par François Hollande en 2012. 

Pourtant aujourd’hui, les Français ont le sentiment que leurs difficultés sont toujours bien là. 

Ils éprouvent toujours le même sentiment d’injustice, ce sentiment indicible qui fait que lorsqu’on est né dans certaines familles, dans certains territoires, on se sent d’avance condamné à l’échec. 

Cette résignation, nous ne l’acceptons pas. C’est l’échec de politiques menées depuis 20 ans, et la responsabilité aujourd’hui de celles et ceux qui ont la charge de construire les politiques de demain. 

Cette responsabilité nous renvoie aux constats mêmes que nous avons faits il y a 18 mois et aux engagements que nous avons alors pris devant les Français. 

Faire que le travail paie mieux dans notre pays. 
Lutter contre les inégalités de destin.
Ne laisser personne au bord du chemin. 

Ces combats les Français y sont viscéralement attachés car ils font l’essence même de notre pacte républicain : la liberté, l’égalité, la fraternité. 

Ils font aussi le ciment de notre projet pour le pays. Un projet qui vise à créer la possibilité pour chacun de s’émanciper et d’être maître de son destin. 

Un projet qui refuse que la vie de certains de nos concitoyens ressemble à une impasse. 

Notre bilan n’est bien sûr pas parfait. Aucun bilan ne l’est. 
C’est pourquoi il faudra encore et toujours renforcer notre exigence, notre capacité d’écoute, et notre détermination à mobiliser plus largement. 

Au bout de ces 18 mois, nous n’avons fait encore qu’une partie du chemin : les réformes en profondeur que nous portons peuvent mettre du temps, parfois trop de temps, à infuser et à montrer leurs résultats. 

Aujourd’hui pourtant, des signes sont là et ils montrent que le cap tenu est le bon. 


– Notre industrie crée à nouveau de l’emploi. C’est une première depuis 16 ans. 
– Le travail commence à coûter moins cher, et à mieux payer. 
– Le niveau des investissements étrangers dans notre pays est à son plus haut niveau depuis 10 ans. 

Ce sont là des conquêtes importantes. 
Mais il ne faut pas s’en enorgueillir et je le dis donc avec beaucoup d’humilité. 

Car j’entends nos concitoyens qui aujourd’hui nous disent : « vous transformez l’économie, mais qu’est ce qui change concrètement pour moi ? J’ai toujours du mal à payer mes factures. J’ai toujours du mal à rembourser mes prêts. »

Il y a une vraie impatience dans notre pays, celle de voir des changements concrets. Celle d’y croire à nouveau. 

Nous le savons et c’est bien cela qui motive toute notre action depuis 18 mois : 

➡️Quand nous baissons les taxes sur tous les salaires des salariés du privé, c’est parce que NOUS AUSSI nous croyons que le travail doit mieux payer dans notre pays. C’est inscrit, noir sur blanc, en bas de la fiche de paie de 21 millions de salariés depuis ce mois d’octobre. Pour un salarié au SMIC, c’est 200 euros de pouvoir d’achat en plus par an. 
Quand nous décidons d’augmenter le salaire net sur les heures supplémentaires, c’est parce que NOUS AUSSI nous croyons qu’il faut récompenser ceux qui travaillent dur. En moyenne, cela représentera 200 euros de plus par an pour un salarié au SMIC. 

➡️Quand nous augmentons la prime d’activité de 80 euros par mois sur le quinquennat, c’est parce que NOUS AUSSI nous croyons que ceux qui sortent du chômage et vont travailler, leurs efforts doivent être valorisés. 

➡️Quand nous supprimons la taxe d’habitation, c’est parce que NOUS AUSSI nous n’acceptons pas qu’on paye d’un côté 1500 euros à Argenteuil, de l’autre 500 euros à Paris. 

➡️Quand nous dédoublons les classes de CP et CE1 dans les quartiers, c’est parce que NOUS AUSSI ça nous révolte que des enfants aient moins de chance de réussir que d’autres, tout simplement parce qu’il sont nés dans un quartier plutôt qu’un autre. 

➡️Quand nous décidons de renforcer l’accompagnement de tous les jeunes, ceux issus de l’aide sociale à l’enfance, ceux qui sont en garantie jeunes, ceux qui font partie des 100 000 élèves qui décrochent du système scolaire chaque année, c’est parce que NOUS AUSSI nous pensons qu’aucun jeune ne doit être condamné à l’échec. 

➡️Quand nous augmentons de 30% les aides de garde pour les familles monoparentales, c’est parce que NOUS AUSSI nous savons qu’être une maman seule c’est cumuler les difficultés financières et professionnelles. 

➡️Quand nous investissons 400 millions d’euros par an dans la réforme de l’hôpital, quand nous supprimons le numerus clausus pour les médecins, c’est parce que NOUS AUSSI nous rageons qu’il y ait encore des endroits dans notre pays où il est impossible d’avoir accès à un médecin. 

➡️Quand nous proposons de regrouper et d’automatiser les aides sociales, c’est parce que NOUS AUSSI nous nous révoltons lorsque nous constatons que de nombreux Français n’ont PAS recours aux aides auxquelles ils ont pourtant droit. 1 Français sur 3 qui a le droit au RSA ne le demande pas. Parce que c’est stigmatisant, ou parce qu’ils ne connaissent pas leurs droits. L’accès de chacun à ses droits c’est une de nos priorités. 

Aujourd’hui, certains soufflent sur les braises de la discorde, veulent alimenter ce sentiment d’injustice en jouant aux pompiers pyromanes. Moi je veux croire davantage dans la capacité des élus de la République, quelle que soit leur affiliation partisane, à travailler à des solutions. 

Car l’heure est maintenant à l’apaisement, au dialogue. Nous sommes dans un moment de vérité où il nous faut faire vivre plus encore cette promesse d’une politique différente, qui mise sur la concertation, sur la co-construction avec les Français, sur le dépassement des clivages. 

La Grande Concertation voulue par le Président de la République et annoncée et animée par le Premier ministre en est l’occasion et je souhaite m’y impliquer avec tous les acteurs de mon territoire, sans considération politique. 

Cette concertation, elle vise à aboutir à des mesures concrètes qui doivent apporter des réponses aux souffrances qui traversent depuis trop longtemps notre pays. 

Parce que oui, nous sommes toujours aussi déterminés à construire une société qui permet à chacun de s’émanciper et de réussir. 

Nous sommes toujours aussi déterminés à répondre avec force au sentiment d’abandon exprimé par certains Français. 

Nous sommes toujours aussi déterminés à convaincre ceux qui doutent. 

Nous sommes toujours aussi déterminés à prouver à ceux qui souffrent que la réponse n’est jamais du côté des extrêmes. 

Je sens bien cette souffrance exprimée par des Français qui travaillent, qui triment comme on dit, et qui ne voient pas le bout du tunnel. 

C’est pour cela que je me suis engagée. C’est pour cela que cette Assemblée s’est renouvelée profondément, avec des femmes et des hommes qui étaient salariés, professeurs, fonctionnaires, dans la santé, dans le monde associatif, dans le public, dans le privé. 

Aujourd’hui, nous souhaitons continuer à nous battre pour construire une société dans laquelle on vit mieux de son travail, dans laquelle notre lieu ou notre nom de naissance ne détermine pas notre réussite, dans laquelle la pauvreté ne se transmet pas en héritage. 

Ce projet, nous continuerons à le porter avec la même conviction, avec humilité, avec sérénité et toujours avec comme seule boussole l’intérêt général.

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