Accord sur les migrations en Europe : un premier pas nécessaire qui doit en appeler d’autres

Ces dernières semaines, plusieurs faits d’actualité nous ont rappelé à quel point une approche européenne de la question migratoire était indispensable.

Le navire Aquarius, refusé par l’Italie puis finalement accueilli par l’Espagne, a mis en émoi une partie de l’opinion. A juste titre car, avant toute considération politique sur les migrations, c’est un enjeu d’abord humanitaire avec 629 personnes en mer dans un navire en surcapacité, parmi lesquels des femmes, des enfants seuls, des familles. Les secourir était une nécessité. Les accueillir sur un port sûr une obligation issue des traités internationaux.

Au-delà des commentaires et du feuilleton médiatique qui a suivi l’affaire de l’Aquarius, ce qui ressort de cet épisode c’est bien l’urgence à apporter une réponse européenne coordonnée à l’enjeu migratoire. Nous étions plusieurs, alors que l’Aquarius voguait toujours en mer, à avoir alerté le Président de la République sur cette urgence.

Depuis, la France a fait preuve d’énergie et de détermination pour mettre les différents pays autour de la table, et travailler à une meilleure coopération et à une plus grande solidarité entre les pays membres de l’UE.

Ainsi, l’accord dégagé dans la nuit du jeudi 28 au vendredi 29 est une excellente nouvelle. Bien sûr, cet accord ne résout pas à lui seul les problèmes qui sont posés et aujourd’hui connus. C’est en revanche un premier pas très encourageant et une avancée qui pourra se révéler déterminante.

Parce que, en effet, cet accord démontre notre volonté commune de sortir des solutions unilatérales et ponctuelles, pour avancer vers une politique commune et pérenne. Il fait la preuve de notre détermination à en finir avec la politique du doigt mouillé sur cet enjeu humain et géopolitique grave, pour prendre le chemin d’une Europe plus responsable et plus solidaire.

Cet accord est un bon accord. Il propose des solutions opérationnelles aux défis concrets posés par les migrations et il permet d’avancer sur 4 enjeux majeurs :

  1. travailler davantage avec les pays d’origine et de transit des migrations, en renforçant notre coopération avec les pays voisins. C’est la condition sine qua non pour endiguer la traite d’humains et pour casser les filières de passeurs.
  2. améliorer la réponse européenne au drame humain qui se joue en Méditerranée : alors que 3 000 personnes y sont décédées l’an passé, cet accord nous permet de renforcer la solidarité communautaire avec l’Italie et Malte qui sont en première ligne, notamment via un soutien pour l’étude des dossiers des candidats au droit d’asile. C’est ce qu’a par exemple fait la France pour le navire Aquarius, en dépêchant à Valence des équipes de l’OFPRA pour aider l’Espagne dans l’étude des dossiers.
  3. renforcer notre police européenne des frontières, FRONTEX.
  4. redéfinir nos accords internes de gestion des migrants déjà arrivés en Europe : nous reverrons le règlement Dublin, qui impose aujourd’hui au premier pays dans lequel la demande d’asile d’un migrant est effectué d’en prendre la charge. Cet accord a clairement montré ses limites.

Bien sûr, ces avancées bien qu’essentielles ne règleront pas tout. Mais elles envoient un signal important et ouvrent un chemin salutaire, alors que depuis plusieurs semaines les débats se polarisent, avec d’un côté certains qui demandent la fermeture des frontières nationales, la fin de Schengen, et de l’autre d’autres qui prônent l’accueil inconditionnel de tous les migrants. Ces postures, si elles sont porteuses médiatiquement ou électoralement, ce ne sont en revanche pas celles qui nous permettront d’avancer concrètement.

Oui, l’Europe doit être à la hauteur sur le plan humanitaire. 

Oui, l’Europe doit faire preuve d’humanité et de responsabilité sur le plan migratoire.

Ce double impératif, il est la condition même pour nous prévenir d’une radicalisation dangereuse de l’opinion, alimentée par des discours alarmistes et populistes sur la “crise migratoire”, le “grand renversement” ou bien – n’ayons peur de rien – sur les “liens” entre l’immigration et le terrorisme.

Ainsi, relever le défi migratoire ensemble sera le meilleur gage pour endiguer la montée des extrêmes en Europe, et redonner du sens à notre projet Européen, avec une Europe qui fait notre force, et des valeurs partagées qui doivent faire notre union.

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